Le directeur d’hôpital est-il légitime ?
Cette question peut sembler saugrenue à ceux qui pensent être “directeur” de l’hôpital où ils travaillent, c’est-à-dire celui qui dirige cette organisation complexe. En fait, la réalité est tout autre …
Ainsi, Romanis sur son blog consacré au droit hospitalier [un des rares que j'ai trouvé pour l'instant] a posté en début d’année un article au titre symptomatique : Qui dirige à l’hôpital ? Une question récurrente pour ceux qui sont, parmi la profession de directeur d’hôpital, un tant soit peu modeste ou réaliste [il faut dire que comme dans beaucoup de professions intellectuelles ou type cadre supérieur, on retrouve une propension "naturelle" à la mégalomanie]. Romanis pose clairement le débat [cela me rappelle les cours de Bernard Bonnici] :
“Pour qui connaît un tant soit peu l’institution hospitalière, il apparaît rapidement que le pouvoir de décision est dispersé entre plusieurs acteurs dont les intérêts ne convergent pas nécessairement. Ainsi le recrutement et le déroulement de carrière des chefs de service, comme des praticiens hospitaliers ne relèvent pas de la compétence du chef d’établissement avec lequel ils n’ont aucun lien de subordination hiérarchique” et de dresser le vrai tableau de l’hôpital public, multipolaire, donc a priori ingérable : “A regarder la situation de plus près, on s’aperçoit en lisant certains témoignages et certains rapports, que l’hôpital, tel un archipel, se composent de plusieurs îlots (de résistance ?) : le pouvoir directorial, le pouvoir médical, le pouvoir soignant, le pouvoir syndical“
L’auteur omet cependant un pouvoir non négligeable voir le premier, celui a peut-être a priori la plus grande capacité à s’opposer aux réformes, j’ai nommé le pouvoir politique. Ces élus présents au Conseil d’Administration de hôpital ne sont effectivement pas là que pour faire de la figuration. Bien au contraire, derrière leurs airs bonhommes, nul ne peut ni ne doit ignorer qu’ils sont mandatés en qualité d’élu, de représentant du peuple et des citoyens comme on dit. Et même si cette représentation est inégale selon les personnes, leur implication, leur propre conviction à l’égard du service public [on peut trouver des maires qui président d'un côté le Conseil d'Administration de l'hôpital public de leur ville et d'un autre côté, du fait de leur métier dans la santé - médecin généraliste par exemple - favorisent sans vergogne une clinique privée par leur adressage de leurs patients, j'y reviendrai], il faut bien considérer que leur positionnement dans l’institution hospitalière peut être un atout ou un fardeau selon l’usage que l’élu fait de son mandat. Le directeur d’hôpital peut toujours croire de manière orgueilleuse qu’il est celui qui décide, il ne doit pas perdre de vue que celui qui l’a fait c’est bien le Président du Conseil d’administration en donnant ou non son avis favorable à son recrutement.
Certes, le directeur au final est nommé par le ministre mais jusqu’à ce jour la prégnance du pouvoir politique local a toujours été plus forte et plus légitime que celle venant du niveau national. Nombre de collègues, nommés à l’encontre de l’avis local [statutairement parlant un "avis" reste un avis, que l'on suit ou que l'on ne suit pas] ont pu testé à leur dépens combien cette position peut devenir risquée, et source elle-même de prétextes au conflit brisant la mince légitimité du directeur.
Toute la question est de savoir d’où le directeur, chef d’établissement, tire-t-il sa légitimité ? Du fait qu’il est nommé par arrêté ministériel. Rien n’est moins sûr. D’ailleurs, les directeurs d’hôpital – qu’ils soient chef ou non chef – dans leur majorité [enfin, il s'agit là d'un avis personnel non étayé par un sondage] ne s’appuyent pas sur cet aspect finalement très formaliste mais réellement sans fondement pour la grande majorité des directeurs d’hôpital. En effet, chacun d’entre nous évalue de manière tout à fait réaliste l’engagement du ministère à ses côtés en cas de pépin. Disons-le, sans que cela constitue forcément une critique négative mais seulement la constation d’une réalité, le ministère a d’autres intérêts qui font que le soutien individuel d’un directeur cédera en premier face aux crispations sociales, médicales ou politiques. Le ministère en tant qu’employeur [manager ?] n’ayant que peu de volonté [il est vrai que les annonces du Président de la République font miroiter à d'aucuns le paradis des directeurs, là où ils décideraient enfin ! Je dois reconnaitre que je crains un peu ce moment là ... ne devrais-je pas m'en réjouir au contraire ?] en matière de gestion de ressources humaines adopte une position que les directeurs de ressources humaines connaissent bien, celle du retrait attendant de voir le résultat du champ de bataille, et quand celle-ci implique l’éviction du directeur ce dernier est appelé à en prendre les conséquences. Disons-le aussi, le plus paradoxal dans cette issue tient dans le fait que bien souvent celui qui est appellé à partir, et à prendre d’autres fonctions obtient parfois une promotion quand bien il y aurait pu y avoir à redire sur sa gestion. Et voilà l’individu, la profession de directeur d’hôpital prise au piège de ses propres illusions, ces incohérences rejaillissant à terme sur l’image de la profession. Il ne faut pas être étonné dès lors si les réformes passées et à venir conduisent à casser ce corps de la fonction publique dont on oublie qu’il est encore très jeune mais dont la cohésion professionnelle [au-delà des querelles de chapelles] et l’indépendance à l’égard du pouvoir central ont jusqu’à présent constitué les caractéristiques majeures. Seulement, la profession de directeur d’hôpital s’est complu dans une sorte d’auto satisfaction [vous imaginez : être sorti d'une école nationale du même rang - sur le papier en tout cas - que l'ENA et que l'ENM, çà en jette, enfin c'est ce que croit certains collègues] oubliant que le domaine de la santé évoluait à une vistesse incroyable, et les voilà maintenant débordés de toutes parts.
Voilà donc la problématique sur laquelle la profession de directeur d’hôpital devait se pencher : quelle est la ou les sources de notre légitimité professionnelle ?

Je vous remercie du complément apporté à mon article (http://www.hospidroit.net/2008/01/qui-dirige-a-l%e2%80%99hopital/). Ce dernier visait essentiellement à mettre en exergue le bicéphalisme de fait (pour ne pas dire de droit) créé à la tête des établissements.
Le corps des directeurs se rétrécit de plus en plus. En témoigne le nombre de plus en plus restreint de postes ouverts au concours. Par ailleurs, j’ai pu observer une hiérarchie implicite entre les DH issus directement des “grandes écoles” et les DH qui avaient déjà un métier avant. Quant aux DES et aux DESMS, ils sont tout simplement méprisés par leurs collègues DH.
S’agissant des mutations, l’un d’entre eux me confiait que plus on était mauvais plus on avait de chance de progresser dans la hiérarchie paradoxalement, le mieux étant de ne rien faire pour éviter de se prendre des coups. Acheter la paix sociale, en somme.
Le tableau n’est pas réjouissant, vous en conviendrez. Reste qu’il faut espérer qu’il ne soit pas représentatif du corps dans son intégralité.
Je vous d’accord avec vous. le nombre de directeurs d’hôpital diminue, mais c’est une volonté tant du ministère (celui qui est censé “manager” ce corps) et des directeurs d’hôpital eux-mêmes dans une stratégie de défense de leur statut ayant conduit à scinder effectivement de manière de plus en plus nette le corps des DH et de ceux qui dirige des institutions médico-sociales;
Quant à votre remarque sur la promotion des moins méritants, elle justifie de ma part un article je pense, mais disons-le de suite, la vérité n’est pas loin de ce que vous dites