Si je n’étais pas devenu directeur d’hôpital ?
Voilà, la question est posée. Qu’est-ce que j’aurai pu faire à part directeur d’hôpital ? Et peut-être servira-t-elle de fil rouge à ce blog ?
Pour commencer à y répondre, j’emprunterai [oui, je sais vous allez dire en voilà un qui se dit directeur et le voilà qu'il commence à plagier ! Je répondrai à ceux-là que c'est peut-être cela l'art d'être directeur d'hôpital : emprunter chez les autres ce qu'il y a de meilleur, et leur laisser le reste. Mais nous aurons le temps d'y revenir ...] à un jeune auteur francophone, David Hepbrun une citation de son premier roman, “Le cercle du silence” :
“Il pensa soudainement à lui-même, à la vie qu’il voulait mener (…) Il avait toujours rêvé d’une existence simple et tranquille mais, compte tenu des circonstances, ce rêve lui paraissait de plus en plus inaccessible. Il ne voulait plus faire carrière (…) Non, il allait arrêter tout de suite et ouvrir un magasin d’antiquités. quelle joie cela devait être de chiner au hasard des caves et greniers encombrés, de dénicher des objets rares ou curieux, de découvrir puis d’expliquer leur histoire ou leur utilisation aux clients et de les assortir aux intérieurs d’appartements magnifiquement décorés. Ou alors, simplement partir sur une île, ouvrir un bar, vendre des glaces et préparer des cocktails ou des boissons fraîches pour des clients souriants. Ce serait des vies tellement plus agréables que celle qu’il avait connue depuis qu’il avait étudié le droit.”
Tout est là dans cette phrase prise au hasard.
Bien évidemment, peu parmi les directeurs oseront afficher ouvertement une telle détermination sonnant finalement comme l’aboutissement d’un échec. Ah, le noeud gordien de la formation, de la fonction même de directeur ! Depuis le premier jour, tout pousse ce directeur d’hôpital à se voir comme celui qui décide, celui qui doit décider, celui qui est responsable, celui doit être responsable. Bien plus tard [et pourtant parmi ses professeurs, d'aucun lui avait enseigné qu'il n'y avait pas de pouvoir à l'hôpital, mais des pouvoirs incapables de se contrôler les uns les autres], il comprend que cette image du manager qu’il s’est forgée lui-même comme une carapace constitue au mieux un mythe auquel certains font encore semblant de croire.
Tout est là dans cette incapacité à accepter l’évidence : rares sont ceux qui sont devenus directeurs d’hôpital par passion, comme l’on rêve d’être pompier ou médecin pour sauver des vies, ou de frapper dans une balle [peu importe la taille, pourvu que çà paye], ou de devenir célèbre en chantant derrière un petit écran, … Non, on devient directeur d’hôpital par nécessité !

[...] ceux qui s’interrogeraient sur ce premier roman de David Hepbrun, je préciserai que ce cercle du silence est sans rapport avec le mouvement de protestation lancé [...]
Le cercle de silence, oeuvre d’intégrité « Journal d’un directeur d’hôpital a dit ceci sur juin 21, 2008 à 5:31 |